23 avril 2007

Libérateur(s)

Liberté

Par Charlie, lundi 23 avril 2007 à 06:28

"Il avait levé la tête. Là bas, dans le matin naissant, on distinguait à peine la ligne d’horizon. Secoués dans les canots, les libérateurs vomissaient leurs repas lyophilisés. Bientôt, les boyaux vides se rempliraient d’acier brûlant et les langues, sèches, lécheraient le sable fin.
Dernière limite. Les portes des bateaux s’ouvrent. Sur la plage, les corps lourds s’allongent sur des serviettes de sang.

Il était revenu dédicacer son livre. Longtemps après. L’endroit s’adonnait aux loisirs et aux bains de mer. Mais, dans le matin naissant, il avait revu en live la roulette russe des balles allemandes."

:: Charlie ::



Monsieur Léonard n'est pas tout seul dans ce mémorial. Un nombre assez conséquent de croix et d'étoiles de toutes sortes sont disposées avec une effroyable régularité sur le gazon taillé au cordeau. Pas des tombes, des croix qui matérialisent et rendent hommage à tous les soldats des forces alliées tombés au cours de la Bataille de Normandie et dépourvus de véritable sépulture.



Pour l'anecdote, ce n'est qu'une fois arrivée dans l'enceinte du mémorial que je me suis demandée si par hasard il n'y avait pas des soldats canadiens répertoriés à cet endroit. Le gardien à qui j'ai posé la question m'a confirmé la présence de deux soldats: un premier, mentionné dans la longue liste du Mur du Souvenir et un second situé dans le carré G, onzième rangée, croix numéro 15. Lorsque j'ai constaté qu'il était originaire du Nouveau Brunswick je ne me suis pas interrogée plus longtemps quant au choix de la croix qui allait figurer dans l'ABCdaire du lundi. Je m'apprêtais à prendre ma photo lorsque le gardien déboula dans l'allée centrale et stoppa sa golfomobile à ma hauteur. Il me dit qu'il revenait de suite avec du sable afin que l'inscription portée sur la croix soit lisible sur le cliché. Un instant plus tard il était effectivement de retour portant seau de sable, chiffon, seau d'eau, et fanion à la main. D'un geste habile et coutumier il versa un peu de sable et d'eau dans un petit récipient puis étendit le tout sur les lettres gravées dans la pierre, tout en me précisant que ce sable provenait des plage du débarquement. Je le laissais faire son petit rituel à la fois amusée, respectueuse et impressionnée de tant de sollicitude mais aussi un peu inquiète de le voir planter son drapeau américain miniature au pied de la croix. Il se tourna alors vers moi l'expression fort satisfaite de l'homme qui vient d'accomplir sa mission et m'invita à prendre une photo sur le champ. Je m'exécutais en hâte, bien décidée à ne pas le contrarier et surtout à ne pas conserver le cliché. Ayant constaté avec satisfaction qu'il ne s'était pas donné tout ce mal en vain il se retira fort aimablement afin que je puisse me recueillir en paix non sans m'avoir demandé si j'étais canadienne pour m'intéresser aussi précisément à ce pauvre Léonard. Je le rassurais bien vite sur mes origines authentiquement françaises mais lui précisais tout de même que je connaissais des canadiens demeurant au Nouveau-Brunswick ce qui expliquait mon intérêt tout particulier pour leurs ancêtres disparus. Avant de remettre son bolide en marche il me précisa bien que je pouvais garder le fanion. "Je vous le dépose en partant ?" "Non, non! Gardez-le c'est pour vous." Bon ben j'ai un drapeau américain dans ma voiture maintenant et je ne sais pas bien ce que je vais pouvoir en faire...

1 commentaire:

Sonya a dit…

Ben là, tu me vois sincèrement émue! C'est peut-être les hormones de bédaine, mais de vous savoir si loin là-bas qui portez des soins à la sépulture d'un inconnu depuis si longtemps disparu...