07 février 2007

Reprise...


Rachid Ouramdane - Cover


4 danseurs. Un black et 3 blancs au corps maquillé en... noir. 4 hommes qui marchent, marchent encore, traversent le plateau de part en part et s'isolent tour à tour dans un solo. Un plateau qui au fur et à mesure des déambulations de chacun se couvre d'objets déposés ici ou là par les "passants". Des objets aussi noirs que les corps. Des objets aux même reflets de bronze. Parmi ces objets: une platine. Une platine qui tout du long de COVER va diffuser le son de vinyles qui, dans les années 80 au Brésil, voyaient certaines de leur piste rayés par la censure. Une ambiance sombre, un univers noir, mais j'ai retrouvé dans COVER tout ce qui fait que j'aime la danse contemporaine (je crois). Des spectacles au carrefour de la performance et de l'installation. Du mouvement, des couleurs, des objets et du son. Parce que sans doute mon corps est perpétuellement amené à s'adapter à l'espace dans lequel il se meut et aux objets qu'ils rencontre. Parce que la musique occupe MON espace personnel. Parce que le corps aussi est un de nos premier véhicule d'expression et qu'il est si souvent oublié et contraint. La danse classique me fait mal aux os. La danse contemporaine sait régulièrement me mettre en désir de mouvement corporel ET intellectuel... C'est sans doute ce que je n'ai pas apprécié dans le spectacle de Loïc Touzé dont je parlais récemment. Il n'a mis que mon intellect en mouvement. Quand la danse contemporaine, ou toute autre forme d'expression artistique, parvient à ouvrir un espace d'interprétation totalement libre de contraintes de sens, où chaque spectateur peut trouver sa place pour peu qu'il se laisse aller et prendre par la main alors là je dis BRAVO. Hier soir, le public a réservé un accueil glacial à la pièce de Rachid Ouramdane. Pas moi. Lors du salut les danseurs parcouraient des yeux la salle qui applaudissait mollement. J'avais quant à moi les zygomatiques à bloc et je souriais de toutes mes dents car je venais de passer une heure pleine d'émotions qui n'appartiennent sans doute qu'à moi. Quand leurs yeux ont fini par glisser sur mon siège, et devant mon air niais, là l'un d'entre eux s'est mis à sourire lui aussi de toutes ses dents. J'espère sincèrement qu'hier soir mon sourire extatique aura eu raison de la froideur des trois quart de la salle.



Rachid Ouramdane.
« Dans la diversité des paysages du nord-est du Brésil, dans son héritage encore récent d'une politique violente, et dans ses écarts culturels et sociaux, il m'a semblé rencontrer des gens d'une sensibilité aiguisée à la perception de la différence et dans le souci de la cultiver.
Le pragmatisme et la solidarité dont ils font preuve créent des phénomènes d'incorporation d'où naît un large spectre de métissages. Il est troublant de voir combien ces identités mélangées créent un sentiment d'appartenance à une majorité plutôt qu'elles ne marginalisent. Ils résistent à l'uniformisation d'une globalisation souhaitée ou subie et proposent des alternatives communautaires plutôt qu'individuelles. Cela m'a semblé être un bon endroit pour réfléchir la figure du « métisse contemporain » non pas comme porteur d'une forme de différence et d'exotisme mais dans sa capacité à créer du lien là où il semble y avoir de la distance. »




Entrevue Ouramdane/Tribeca75.TV à l'occasion de la programmation de COVER
au Centre Georges Pompidou en Janvier 2006.

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